2021-01-18 13:58 Temps de lecture : 7 min

Le suivi d'un appel téléphonique prend-il vraiment 60 secondes?

Comment localiser un appel téléphonique ? Les séries télévisées et les films laissent croire qu'il suffit de maintenir une conversation assez longtemps pour qu'un détective puisse déterminer l'emplacement de l'appelant. Bien que ce cliché puisse créer du suspense, notamment avec un chronomètre qui défile, il ne reflète pas la réalité.

L'ère des standards téléphoniques

Un standard téléphonique dans les années 1930 constituait le cœur du réseau de communication.

Avant l'informatisation du réseau téléphonique mondial, les appels étaient acheminés manuellement via un ensemble de commutateurs physiques, gérés par des opératrices. Historiquement, ces fonctions étaient principalement occupées par des femmes (bien que les premiers opérateurs aient été des adolescents dont le langage et le comportement étaient considérés comme peu professionnels).

Lorsqu'un appel arrivait, l'opératrice le redirigeait en le connectant physiquement à un port sur un tableau de connexion. Par la suite, l'automatisation a graduellement pris le relais.

À la fin du XIXe siècle, l'entrepreneur Almon Strowger, spécialisé dans les pompes funèbres, a inventé le premier système électromécanique commercialement viable, le commutateur pas à pas. Breveté en 1891, cet appareil permettait aux usagers de se joindre directement. Son succès commercial fut tardif, mais il a transformé une tâche autrefois manuelle en une opération effectuée par des machines. Cela a ouvert la voie au siècle suivant.

Au fil du temps, la technologie d'acheminement automatique des appels est devenue de plus en plus sophistiquée. Avec l'arrivée des téléphones dans les foyers, le système a géré des volumes d'appels plus importants sur de plus longues distances, sans pour autant modifier ses principes de fonctionnement.

À cette époque, le traçage des appels était une opération complexe. En l'absence de métadonnées générées par ordinateur, c'était aux opérateurs téléphoniques de remonter le circuit tortueux d'une connexion à travers les différents commutateurs pour trouver l'origine de l'appel, avant de transmettre l'information aux forces de l'ordre.

Cette démarche était fastidieuse et nécessitait qu'un négociateur ou un policier prolonge la communication autant que possible. Si le suspect raccrochait, toute tentative de localisation échouait. Il fallait alors réessayer ou envisager une autre stratégie pour arrêter le suspect.

C'est probablement de là qu'Hollywood a puisé son inspiration. Bien évidemment, la réalité est quelque peu romancée. Le traçage d'un appel prenait bien plus d'une ou deux minutes. Mais la précision technique est souvent sacrifiée au profit du suspense dramatique.

Le stockage numérique des données d'appels

Finalement, l'informatisation a envahi le secteur des télécommunications. Elle a progressivement remplacé les opérateurs humains et les systèmes mécaniques, notamment pour l'acheminement des appels.

Cette évolution a marqué un tournant. Pour les consommateurs, elle a apporté de nouvelles facilités, comme l'identification de l'appelant et la mise en attente.

Pour les forces de l'ordre, les enquêtes sont devenues plus simples. Il n'était plus nécessaire de tracer manuellement les appels à travers les commutateurs. Les enquêteurs pouvaient désormais consulter les métadonnées générées par les appels, sans avoir à surveiller les conversations en temps réel.

Le terme "métadonnées" désigne les "données sur les données". Dans le domaine des télécommunications, les métadonnées comprennent par exemple l'origine et la destination d'un appel, ainsi que le type de téléphone utilisé (fixe, portable ou public).

Ces informations sont stockées sous forme de petits fichiers texte qui peuvent être aisément conservés dans une base de données. Cela permet aux compagnies de téléphone de les archiver pendant de longues périodes. Les enquêteurs peuvent ainsi accéder aux informations d'un appel plusieurs mois, voire des années après son émission.

La durée de conservation des données varie considérablement d'une compagnie à l'autre, chacune ayant ses propres normes. Il existe également des différences selon le type d'abonnement et de téléphone utilisé.

En 2011, une fuite de documents du FBI a révélé que certaines compagnies de téléphone conservaient les enregistrements des abonnements postpayés plus longtemps que ceux des téléphones prépayés, souvent utilisés par les criminels sous le nom de "graveurs".

Le stockage numérique des données d'appels permet aux enquêteurs d'y accéder plus rapidement qu'auparavant. Une fois tous les documents légaux obtenus, il suffit de consulter la base de données.

L'accès rapide aux informations pour les forces de l'ordre

Il est désormais plus facile pour les forces de l'ordre de remonter la trace d'un appel téléphonique, grâce à l'informatisation du réseau.

Cependant, les criminels ont d'autres moyens de communiquer et de se soustraire à la loi, notamment par le biais de VPN et d'applications vocales cryptées. Ces cas ne sont pas aussi simples à résoudre, même en attendant quelques minutes pour tracer l'appel.

Auteur
France

Rédacteur tech, guides pratiques et astuces numériques.