2023-07-05 08:52 Temps de lecture : 23 min

Qu'est-ce que le cybersquattage et comment en protéger votre marque [+ 5 Tools]

Développer votre activité sur le web ouvre des perspectives de croissance inédites. Cela permet de toucher une clientèle plus vaste et de couvrir plusieurs zones géographiques. Cependant, la notoriété en ligne rend votre marque plus vulnérable face aux cybermenaces qui cherchent à exploiter cette popularité à des fins lucratives.

Le cybersquattage est l'une de ces menaces. Il peut engendrer une perte de trafic et de revenus, nuire à votre présence numérique et entacher votre réputation globale.

Mais qu'est-ce que le cybersquattage précisément ? Comment le repérer et quelles actions entreprendre si vous en êtes victime ? Découvrons ensemble les réponses.

Le Cybersquattage : Définition

Le cybersquattage est une pratique déloyale qui consiste à enregistrer, utiliser ou commercialiser des noms de domaine intentionnellement similaires ou identiques à ceux de marques ou d'organisations reconnues. L’objectif est de profiter de la notoriété de ces marques. Les auteurs de ces actes malveillants recourent aussi à cette méthode pour diffuser des logiciels malveillants.

Également appelé "squattage de domaine", le cybersquattage a connu une forte popularité lors des débuts d'Internet. Les cybercriminels achetaient alors des noms de domaine appartenant à des entités connues, anticipant que les propriétaires de ces marques souhaiteraient racheter ces noms ultérieurement. Cette stratégie s’est avérée fructueuse dans de nombreux cas.

Le cybersquattage est illégal en raison de l'intention frauduleuse des "squatteurs" de noms de domaine. Des lois et réglementations ont été mises en place pour protéger les entreprises contre ce type d'agissements.

Le Fonctionnement du Cybersquattage

Lors d'une attaque de cybersquattage, un cybercriminel recherche en ligne les entreprises qui ne possèdent pas encore de site web. Une fois une cible identifiée, il enregistre un nom de domaine reprenant le nom de cette organisation.

Ainsi, lorsque l'entreprise décide de se lancer en ligne, elle découvre que le nom de domaine correspondant est déjà pris. Il a été acquis par un tiers.

Lorsqu'elle contacte l'auteur de cette manoeuvre pour acquérir le nom de domaine, celui-ci le propose à un tarif exorbitant.

Si l'entreprise possède déjà le nom de domaine exact, le cybercriminel peut enregistrer un domaine similaire, avec une extension différente, dans l'espoir que le propriétaire de la marque contactera ce dernier pour l'acquérir.

Une extension de nom de domaine, appelée aussi TLD (Top-Level Domain), est la partie finale d'un nom de domaine. Exemples d'extensions populaires : .org, .eu, etc. Ainsi, si une entreprise possède le nom de domaine xyz.com, le cybercriminel peut acquérir xyz.org ou xyz.eu.

Parfois, l'auteur de la menace ne se contente pas d'attendre une proposition de rachat. Il crée un site web utilisant le nom de domaine "squatté" dans des buts malveillants.

Par exemple, il peut créer un site web frauduleux pour inciter les utilisateurs à télécharger des logiciels malveillants ou à divulguer leurs informations d'identification.

Les cybercriminels enregistrent également des noms de domaine ressemblant à des marques populaires, espérant que les internautes se retrouveront par erreur sur ces sites de cybersquattage en tapant incorrectement l’adresse web de ces marques.

Une fois les utilisateurs piégés sur ces faux sites, les acteurs de la menace peuvent subtiliser leurs identifiants, introduire des logiciels malveillants, diffuser de la publicité nuisible, mener des attaques de phishing ou exécuter d’autres types d’actions malveillantes.

Les Différents Types de Cybersquattage

Voici les principales formes de cybersquattage dont vous devez être conscient.

#1. Le Typosquattage

Il s’agit de l’une des méthodes les plus répandues. Le typosquattage, ou détournement d’URL, consiste pour les cybercriminels à enregistrer des noms de domaine comportant des erreurs d’orthographe de marques connues afin de rediriger le trafic vers des sites web contrefaits.

Ces cybercriminels mettent en place des attaques de typosquattage pour rediriger le trafic vers les sites web de concurrents, pour générer des revenus publicitaires, pour mener des campagnes de phishing, pour installer des logiciels malveillants ou encore pour revendre ces noms de domaine à des prix exagérés.

#2. Le Vol d’Identité

Un pirate informatique utilise des outils spécialisés pour vérifier l'expiration de certains domaines. Si un propriétaire omet de renouveler son domaine, l'auteur malveillant l’enregistre et met en ligne un site web factice similaire à l'original. Cela peut induire en erreur les internautes qui pourraient croire qu'ils se trouvent sur le site web d'origine.

#3. La Prise de Nom

Dans ce type de cybersquattage, les cybercriminels enregistrent des noms de domaine utilisant les noms de personnalités publiques.

Il est difficile de lutter contre cette forme de cybersquattage car il est souvent difficile de prouver que la prise de nom est intentionnelle.

Cependant, certaines personnes peuvent déposer leur nom aux États-Unis, ce qui peut servir de preuve contre un squatteur web.

#4. Le Cybersquattage Inversé

Le cybersquattage inversé, aussi appelé "détournement de domaine inversé", consiste pour un acteur malveillant à choisir un site à cibler.

Ensuite, il dépose une raison sociale reprenant le nom de domaine visé, en proposant souvent des services différents.

Il argue ensuite que le propriétaire original du nom de domaine fait du "squatting" en utilisant le nom de son entreprise et tente d’obtenir légalement le contrôle du site web.

Si l'auteur de la menace réussit à prendre possession du site web, il l'exploitera à des fins malveillantes, en tirant profit de la réputation du propriétaire du nom de domaine d'origine.

Par exemple, si vous possédez le nom de domaine abcxyz.com, qui vend des jouets en ligne, un cybercriminel pourrait enregistrer une entreprise appelée ABC XYZ offrant des services de conseil. Il vous accuserait alors de contrefaçon et tenterait de vous déposséder de votre nom de domaine.

#5. Les Sites de Dénigrement

Dans ce type de cybersquattage, les cybercriminels mettent en ligne des sites web ayant pour but de nuire à la réputation d’une entreprise, de se venger personnellement ou de diffuser leurs idéologies extrémistes.

Par exemple, si vous possédez le nom de domaine xyz.com, un cybercriminel pourrait créer le site xyzsucks.com et y diffuser de fausses informations afin de vous discréditer.

Il est légitime d'exprimer son opinion, mais les sites de dénigrement sont souvent utilisés pour propager une propagande malveillante.

Exemples de Cybersquattage Concrets

Voici des exemples de cybersquattage ayant fait l’objet de nombreux articles de presse :

  • Dan Parisi, un homme d'affaires new-yorkais, avait enregistré le nom de domaine madonna.com. Après une bataille juridique, il a dû le transférer à la pop star Madonna.
  • Google a gagné un procès contre Jing Ren, qui avait enregistré le domaine android.co.in. Android appartient à Google.
  • L’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) a gagné son procès contre Michael Doughney, qui avait créé le site parodique peta.com.
  • Bytedance, le créateur de la célèbre plateforme de vidéos Tiktok, a remporté une action en justice contre deux ressortissants australiens qui avaient enregistré le domaine tiktok.com.
  • M. Al Fayed, le propriétaire du grand magasin Harrods, a repris le contrôle de 60 adresses web liées à Harrods.

Le cybersquattage est une pratique en pleine expansion. En 2022, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) a recensé 7000 cas. Il est donc essentiel de vérifier activement si votre entreprise en est victime.

Comment Détecter le Cybersquattage

Il peut être frustrant de constater que le nom de domaine que vous souhaitez enregistrer pour le site web de votre entreprise est déjà pris. Même si vous possédez une marque, le bureau d'enregistrement de domaines peut vous indiquer que le domaine en question a déjà été réservé. Que faire dans ce cas ?

Tout d’abord, ne vous affolez pas ! Tous les cas de « domaine pris » ne sont pas dus au cybersquattage. Certaines situations sont dues à de simples erreurs. Voici comment déterminer si votre entreprise est victime de cybersquattage.

Vérifiez la Destination du Nom de Domaine

Si le bureau d'enregistrement de domaines rejette votre demande d'enregistrement en indiquant que « ce domaine est déjà pris », l’étape suivante est de vérifier où vous mène le nom de domaine lorsque vous saisissez l’URL dans votre navigateur web.

Si vous tombez sur une page mentionnant « ce domaine est à vendre » ou « site en construction », il y a de fortes chances qu’un cybersquatteur ait pris possession du nom de domaine.

Cependant, l'absence d'un site web fonctionnel ne signifie pas toujours qu'il s'agit de cybersquattage. Le propriétaire du domaine a peut-être acheté le domaine de bonne foi et a un projet de création de site web ultérieurement.

Si l'URL ouvre un site web qui diffuse des publicités pour vos produits ou si l'URL vous redirige vers le site web de votre concurrent, il s'agit probablement de cybersquattage.

Si l'URL ouvre un site web actif dans un secteur complètement différent du vôtre, il peut s'agir d'une violation du droit d'auteur et non de cybersquattage.

Le cybersquattage peut aussi se manifester par l'enregistrement d'un nom de domaine ressemblant au vôtre. Effectuez donc des recherches en ligne pour identifier d'éventuels domaines imitant le vôtre. Vous pouvez utiliser un outil tel que dnstwister pour ce faire.

Contactez le Propriétaire du Nom de Domaine

Si vous suspectez que certains domaines ont été enregistrés dans une intention frauduleuse afin de tirer profit de la notoriété de votre entreprise, il convient de contacter ces propriétaires de domaines pour déterminer si ces domaines constituent bien des cas de cybersquattage.

Vous pouvez généralement retrouver le nom et l'adresse mail du propriétaire d’un domaine sur Who.is ou Whois.com. Contactez-les pour recueillir leur version des faits.

Comment Gérer le Cybersquattage

Si vous êtes victime de cybersquattage, voici les actions que vous pouvez entreprendre pour remédier à ce problème.

#1. La Loi Américaine sur la Protection des Consommateurs Contre le Cybersquattage (ACPA)

Adoptée en 1999, cette loi autorise les propriétaires de marques à lutter contre les cybersquatteurs qui enregistrent des noms de domaine de manière frauduleuse afin de profiter de la notoriété des propriétaires de marques d’origine.

Si vous estimez être victime de cybersquattage, vous pouvez intenter un procès contre le cybersquatteur présumé en vertu de cette loi.

#2. L’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN)

L’ICANN est une organisation à but non lucratif qui coordonne la gestion des aspects techniques du système de noms de domaine (DNS). Son objectif est de garantir que toutes les adresses valides soient accessibles aux internautes.

En bref, l'ICANN est responsable de l'attribution des noms de domaine et s'assure que les enregistrements de noms de domaine ne sont pas utilisés à des fins abusives.

Vous pouvez faire appel à sa politique uniforme de règlement des litiges relatifs aux noms de domaine (UDRP) si une personne a enregistré un nom de domaine de manière frauduleuse pour exploiter votre notoriété.

Si vous gagnez, le domaine en question sera annulé ou vous sera transféré.

Parmi ces deux approches pour lutter contre le cybersquattage, les procédures UDRP sont plus rapides et vous n'avez pas besoin d'engager d’avocat pour déposer une plainte.

Cependant, l'UDRP n'offre pas de compensation financière. Si votre marque a subi une perte financière importante en raison du cybersquattage, intenter une action en justice en vertu de la loi ACPA pourrait être une meilleure solution.

Comment les Marques Peuvent-elles se Prémunir du Cybersquattage ?

Voici quelques moyens efficaces de protéger votre marque contre les différentes formes de cybersquattage.

#1. Déposez le Nom de Votre Entreprise et Votre Nom de Domaine

Déposer le nom et le domaine de votre entreprise est le meilleur moyen de vous protéger du cybersquattage. Cela vous permettra de recourir à la politique UDRP ou à la loi ACPA pour agir contre les cybersquatteurs.

Le dépôt de votre nom d'entreprise et de votre nom de domaine peut également vous donner droit à des dédommagements de la part des cybersquatteurs si votre entreprise a subi un préjudice financier du fait du cybersquattage.

#2. Enregistrez les Variantes de l'Adresse de Votre Site Web

L'achat de noms de domaine incluant des extensions populaires ou des variantes orthographiques souvent mal écrites peut empêcher les cybercriminels d'acquérir ces domaines.

Si vous redirigez ces domaines vers votre domaine principal, les utilisateurs accéderont à votre site web même s’ils saisissent une adresse erronée.

Par exemple, si votre site web est xyz.com, vous pouvez également enregistrer xyz.org, xyz.net ou xyg.com et rediriger ces noms de domaine vers xyz.com. Ainsi, les utilisateurs atteindront votre site même s'ils saisissent par erreur xyz.org ou xyg.com.

L’achat de multiples noms de domaine représente un coût. Toutefois, si le cybersquattage peut gravement nuire à votre marque, cette démarche peut être une bonne décision pour vous protéger.

Vous pouvez faire des recherches en ligne pour trouver des noms de domaine à bas prix.

#3. Configurez le Renouvellement Automatique de Votre Domaine

Les cybersquatteurs sont à l’affût des noms de domaine dont les propriétaires ont oublié de renouveler l’enregistrement. Ils enregistrent ensuite ces domaines et volent l'identité en ligne de ces marques.

Vous devez donc configurer le renouvellement automatique de votre domaine afin qu’il soit renouvelé à temps avant son expiration.

#4. Investissez dans un Logiciel Anti-Cybersquattage

Les cyberattaques basées sur les noms de domaine sont en constante augmentation. Investir dans une solution de sécurité adaptée peut donc grandement contribuer à protéger votre entreprise contre les menaces.

Voici quelques outils qui offrent une protection éprouvée :

Red Points

Si vous recherchez un outil spécifique pour lutter contre l'usurpation d'identité de marque, le logiciel de protection de Red Points est une solution fiable. Il vous permet de détecter l'usurpation d'identité en quelques secondes grâce à un système de recherche automatisé et de mettre en place un processus de suppression. Il vous aide aussi à surveiller les réseaux sociaux pour détecter les marques qui se font passer pour votre entreprise.

ZeroFox

ZeroFox vous offre une visibilité et un contrôle total sur vos domaines. Grâce à ZeroFox, vous pouvez surveiller en continu vos domaines, créer des alertes en cas de menace telle que l’usurpation de domaine ou le cybersquattage, automatiser les actions de suppression et bien plus encore.

Protection Personnalisée de Domaine pour Cloudflare Registrar

Les entreprises qui enregistrent leurs domaines auprès de Cloudflare Registrar dans le cadre du plan Entreprise bénéficient d’une protection de domaine personnalisée qui empêche le piratage de domaine.

La protection personnalisée de domaine de Cloudflare offre :

  • Une confirmation hors ligne pour toute demande de modification
  • L’utilisation de verrous cohérents pour le bureau d’enregistrement et le registre
  • L’authentification 2FA appliquée pour tous les comptes
  • Le contrôle de plausibilité

Ces fonctionnalités garantissent que les pirates ne peuvent modifier ni vos serveurs de noms, ni vos données d’enregistrement, protégeant ainsi votre entreprise du piratage de domaine.

DomainToolsIris Detect

DomainTools Iris Detect vous permet de découvrir et de surveiller les domaines similaires afin de protéger votre marque.

Grâce à DomainTools Iris Detect, vous pouvez rapidement identifier les domaines contrefaits, mettre en œuvre des actions pour les domaines dangereux, suivre l'évolution de l'infrastructure et bien plus.

La Protection Contre les Risques Numériques GreyMatter (DRP) de ReliaQuest

Si vous recherchez une protection globale pour votre entreprise, GreyMatter Digital Risk Protection (DRP) est la solution idéale. Lorsqu'une personne usurpe votre marque, cette solution vous fournit des informations exploitables avec des mesures concrètes, y compris des recommandations d'atténuation.

Comment les Utilisateurs de Site Web Peuvent-ils Éviter le Cybersquattage ?

Voici quelques conseils pour éviter d'être victime de cybersquattage :

  • Vérifiez attentivement l’URL qui s’affiche dans la barre d’adresse du navigateur afin de vous assurer que vous êtes bien sur un site web légitime.
  • Les sites web officiels ont un symbole de cadenas. Méfiez-vous de tout site web dont le certificat SSL est expiré.
  • Les sites web qui affichent de nombreuses fenêtres contextuelles, de publicités, de téléchargements automatiques et qui effectuent de fréquentes redirections sont souvent des sites web malveillants.
  • Si une offre paraît trop belle pour être vraie, c’est probablement le cas. Ne vous laissez donc pas séduire par des offres ou des réductions trop alléchantes. Ne cliquez jamais sur des liens suspects dans vos emails, car ils dirigent souvent les utilisateurs vers des sites de phishing.
  • Maintenez à jour votre système d’exploitation et vos logiciels afin d’empêcher les logiciels malveillants présents sur les sites de cybersquattage d’exploiter les failles des anciens programmes.

Enfin, il est recommandé d’installer un antivirus premium sur votre ordinateur. Un antivirus peut bloquer les sites web malveillants avant qu'ils ne puissent nuire à votre appareil.

Conclusion

Le cybersquattage est un grave problème de cybersécurité. Si vous n'êtes pas vigilant quant à votre présence en ligne, les sites web de cybersquattage peuvent s’approprier votre trafic web et nuire à vos ventes.

Plus grave encore, ces sites web peuvent créer une perception négative de votre marque chez vos clients. Prenez donc les mesures nécessaires pour éviter le cybersquattage et protéger votre identité en ligne.

Pour améliorer la sécurité de votre entreprise, vous pouvez consulter ce comparatif des meilleurs logiciels de sécurité en ligne pour les PME.

Auteur
France

Rédacteur tech, guides pratiques et astuces numériques.