2021-01-07 07:38 Temps de lecture : 9 min

Que sont les microtransactions et pourquoi les gens les détestent-elles?

Le concept de "microtransactions" suscite de vives controverses au sein de la communauté des joueurs. Il désigne tout ce pour quoi l'utilisateur doit débourser de l'argent réel au sein d'un jeu vidéo. Examinons les raisons de cette réticence.

Qu'entend-on par microtransaction ?

À l'époque des débuts du jeu vidéo, l'acquisition d'un titre était une démarche relativement simple. Il suffisait de se rendre dans un magasin spécialisé ou un commerce d'électronique, d'acheter un jeu pour sa console ou son ordinateur, puis de l'installer une fois rentré chez soi.

L'essor d'Internet, et notamment des connexions haut débit et Wi-Fi, a permis la vente de jeux en ligne. Désormais, il n'est plus nécessaire de sortir de chez soi pour faire l'acquisition d'un titre. Il est possible d'acheter des jeux via des plateformes numériques telles que Steam, PlayStation Network, Nintendo eShop ou encore sur des plateformes mobiles telles que l'App Store et Google Play Store. Les fichiers du jeu sont alors téléchargés directement sur l'appareil de l'utilisateur, qui peut commencer à jouer immédiatement.

Cependant, la montée en puissance de la vente de jeux numériques a également introduit les achats intégrés, ou microtransactions. Ce terme englobe tout ce qui peut être acquis au sein d'un jeu, tels que des objets, des tenues, des améliorations, des fonctionnalités premium et bien d'autres éléments. Les microtransactions sont désormais monnaie courante dans de nombreux jeux récents, qu'il s'agisse d'applications mobiles gratuites ou de titres phares développés par de grands studios. Leur utilisation fait l'objet de discussions houleuses et est souvent un point de discorde majeur dans la communauté des joueurs.

L'accumulation des microtransactions

Les microtransactions sont souvent intégrées dans des jeux proposant des objets obtenus via un générateur de nombres aléatoires. Concrètement, il s'agit d'obtenir une caisse ou un pack contenant un ou plusieurs articles. Bien que la plupart des jeux offrent des moyens de les obtenir gratuitement, ils donnent aussi la possibilité d'acheter une caisse avec de l'argent réel.

Il existe un sous-genre de jeux vidéo centré sur ces caisses à butin aléatoires, appelés "jeux gacha". Il s'agit généralement de jeux mobiles gratuits. Ils s'inspirent du format des distributeurs automatiques japonais, dans lesquels on insère de l'argent ou des jetons pour obtenir un jouet aléatoire dans une capsule.

Les jeux gacha incitant activement à effectuer des achats, les joueurs peuvent dépenser des sommes considérables pour un titre en particulier. Les joueurs qui dépensent des sommes importantes en microtransactions sont appelés les "baleines". Nombre de ces jeux ont été comparés aux machines à sous, à la différence qu'ils ne rapportent aucun gain financier.

Certains joueurs estiment également qu'il est abusif de devoir payer des suppléments pour débloquer du contenu de jeu déjà programmé, après avoir déboursé 60€ pour l'acquisition d'un jeu premium. Nombre de jeux de sport suivent ce modèle. La série NBA 2K ou FIFA proposent par exemple des modes où les joueurs doivent collectionner des cartes pour débloquer du contenu in-game. Ces cartes sont obtenues aléatoirement via des packs payants.

Les microtransactions modifient les mécaniques de jeu

Un autre problème réside dans le fait que les microtransactions tendent à modifier profondément les mécaniques de jeu. Nombre de jeux sont spécifiquement conçus pour inciter les joueurs à acquérir des microtransactions. Dans le cas des titres gratuits, cela se traduit par une limitation du nombre de parties pouvant être jouées sur une période donnée, ou par la diffusion intempestive de publicités.

De nombreuses applications mobiles ont également recours à des "dark patterns", c'est-à-dire des interfaces conçues pour manipuler les utilisateurs et les pousser à effectuer des actions non souhaitées. Cela peut prendre la forme du placement d'un bouton ou de la coloration d'éléments à l'écran.

Cette modification des mécaniques s'applique également aux grands titres. Nombre de jeux ralentissent la progression, augmentent la rareté de certains objets ou bloquent certaines zones, à moins d'acquérir des objets ou bonus spéciaux. Ce phénomène est particulièrement répandu dans les jeux en ligne massivement multijoueurs (MMO).

Le cas de Fallout 76, de Bethesda Game Studio, est un exemple récent. Le jeu a souffert de nombreux problèmes techniques à son lancement, mais l'un des points noirs les plus souvent évoqués par les joueurs était l'omniprésence des microtransactions. De nombreux objets du jeu étaient vendus à des prix excessivement élevés dans leur boutique Atom, avec Eurogamer signalant par exemple la vente d'une tenue purement cosmétique de Père Noël au prix de 20$. Des objets offrant des avantages dans le jeu étaient également proposés aux utilisateurs.

Les jeux utilisant des microtransactions offrant un avantage de gameplay sont souvent qualifiés de "pay to win" par les joueurs. Au lieu d'être placés sur un pied d'égalité, les joueurs ayant déboursé de l'argent peuvent obtenir du meilleur équipement et des capacités améliorées. L'issue de certains jeux dépend ainsi davantage de l'argent dépensé que des compétences du joueur.

Il existe cependant une zone d'ombre. Un jeu peut offrir des avantages de gameplay à des joueurs ayant passé 10 heures à améliorer leur personnage, mais permettre à certains de payer pour éviter ce processus. Cela semble acceptable, mais qu'en serait-il si ce processus prenait 1000 heures au lieu de 10, à moins d'y mettre le prix ?

Toutes les microtransactions ne sont pas du "Pay to Win"

Il est important de souligner que toutes les microtransactions ne sont pas néfastes ou détestées par les joueurs. Certaines microtransactions n'ont pas d'impact sur le gameplay et n'entrent pas dans la catégorie du "pay to win".

Fortnite, le très populaire battle royale, constitue un exemple de microtransactions bien gérées. Le jeu est entièrement gratuit sur toutes les plateformes, ce qui le rend accessible aux personnes de tous âges. Ses revenus proviennent uniquement de microtransactions purement cosmétiques. Les joueurs ne peuvent donc pas payer pour obtenir un avantage dans le jeu, mais seulement pour des tenues, des danses et autres éléments modifiant l'apparence de leur avatar. Tous les joueurs sont placés sur un pied d'égalité, et il est impossible d'obtenir un avantage en déboursant de l'argent.

D'autres jeux en ligne, tels que Dota 2, Counter-Strike: GO ou Overwatch, adoptent également des modèles de microtransactions qui sont globalement mieux acceptés par les joueurs. Ces jeux proposent exclusivement des articles cosmétiques à la vente, sans qu'il soit possible d'obtenir le moindre avantage grâce à l'argent.

Auteur
France

Rédacteur tech, guides pratiques et astuces numériques.