Deux agents de police sont face à un écran d’ordinateur. Une image floue, capturée par une caméra de surveillance, s’affiche. L’officier supérieur ordonne à sa recrue d’améliorer l’image. La recrue s’exécute, et soudain, l’image devient plus nette, révélant un détail crucial. Mais cette « amélioration » des vidéos est-elle conforme à la réalité ?
La réalité contre la fiction
La technologie est omniprésente dans les séries télévisées, et l’amélioration d’images est un trope récurrent, présent dans de nombreuses productions comme CSI ou Star Trek.
La fiction est, comme on peut s’y attendre, beaucoup plus captivante que la réalité. Les images sont constituées d’informations, chaque pixel représentant une donnée spécifique. S’il est possible d’ajuster les images pour les rendre plus claires, il est impossible de créer de l’information à partir de rien. L’efficacité de toute analyse d’image médico-légale dépend donc de multiples facteurs, tels que la qualité de la caméra et les conditions de capture.
Imaginez qu’un magasin de proximité utilise une ancienne caméra de surveillance VGA, acquise au début des années 2000. Un cambriolage a lieu. Pendant sa fuite, le masque du voleur glisse, laissant son visage visible pendant un bref instant. Quelques secondes plus tard, il s’échappe en voiture, hors du champ de la caméra.
Supposons que le visage du suspect occupe une surface de 50 pixels de haut et 25 pixels de large, soit un total de 1250 pixels. C’est une zone restreinte, et la plupart des caractéristiques qui permettraient à un jury d’identifier formellement le suspect (tatouages, traits du visage, cicatrices, etc.) sont vagues et floues.
N’oublions pas que les pixels sont des données. Si ces données sont absentes, il est impossible de les inventer. On ne peut pas transformer une image granuleuse en un chef-d’œuvre haute résolution, révélant les moindres imperfections qui constituent l’identité d’une personne. C’est tout simplement impossible.
Le fonctionnement réel de « l’amélioration »
Malgré cela, des améliorations peuvent être apportées à une image, pouvant s’avérer utiles pour une enquête. Les photographes et vidéastes connaissent certaines de ces techniques.
Imaginons que les forces de l’ordre possèdent des images de vidéosurveillance capturées au moment d’un crime. Cependant, l’incident a eu lieu de nuit, rendant difficile la distinction des détails importants.
Un spécialiste de l’analyse d’images médico-légales peut alors ouvrir l’image dans Photoshop, Lightroom, DarkTable ou tout autre logiciel approprié, pour ajuster les niveaux de contraste et d’histogramme. Ces manipulations permettent de révéler des indices essentiels. Il s’agit en fait d’un traitement d’image basique.
Il faut cependant faire une distinction importante. Pendant longtemps, l’analyse d’image a manqué de surveillance et de réglementation. Cette situation a évolué, et les analystes d’images médico-légales sont désormais soumis à un code de conduite.
Premièrement, pour que leurs preuves soient recevables, de nombreux systèmes judiciaires (y compris au Royaume-Uni) exigent que l’analyste soit compétent. Il doit maîtriser son domaine et être en mesure de le prouver. Il doit également se limiter à son champ d’expertise. Un analyste d’images n’est pas nécessairement un expert en comparaison faciale ou en anatomie humaine, et ne devrait donc pas émettre d’avis sur ces sujets.
Deuxièmement, les analystes d’images médico-légales doivent respecter les procédures habituelles. Cela inclut la conservation de l’image originale et, si possible, du support de stockage d’origine. Ils doivent également documenter l’ensemble du processus, afin qu’un tiers puisse suivre leurs étapes et obtenir les mêmes résultats.
En fin de compte, ces règles ne sont pas axées sur le processus technique en lui-même, mais plutôt sur la garantie de la recevabilité de toute preuve devant un tribunal.
Un regard plus large
La réalité est moins spectaculaire que la fiction. Mais, comme pour la localisation d’un appel téléphonique, il y a une part de vérité dans le trope du « zoom et amélioration ».
Ce trope est apparu à une époque où la plupart des caméras de surveillance étaient de piètre qualité. Cela posait un défi aux enquêteurs, non seulement pour identifier les suspects, mais aussi pour les présenter devant un tribunal. Des recherches universitaires de l’Université Robert Gordon montrent que les jurys sont souvent moins enclins à condamner sur la base d’images de vidéosurveillance de mauvaise qualité, de peur de ruiner la vie d’une personne innocente.
La certitude est indispensable. Et il est difficile d’être sûr avec une caméra de surveillance bon marché.
Heureusement, la situation a évolué. Il est désormais possible d’acquérir une caméra de sécurité HD pour un prix modique. La Wyze Cam, disponible pour une vingtaine de dollars, en est un excellent exemple. Elle est dotée d’un capteur 1080p et de la vision nocturne. Yi propose une caméra aux caractéristiques similaires dans la même gamme de prix.
L’importance du « zoom et amélioration » est donc réduite. L’analyse d’image se concentre désormais sur d’autres aspects, tels que le réglage de la luminosité et la garantie que les photos sont conservées et traitées conformément aux normes médico-légales.
Il est difficile d’imaginer un épisode de CSI consacré à un analyste d’images médico-légales en train de remplir ses formulaires de chaîne de possession.